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"Journalisme immersif : l’émotion comme vecteur d’intelligibilité ou simulacre d’une participation au monde ?"

par Emilie Ropert - Master 2 Innovation et création de contenus médiatiques - CELSA, Paris 4 Sorbonne.

Résumé :

Pourquoi vouloir retranscrire le réel par la réalité virtuelle ? Comment refléter l’exactitude des faits en recourant à une technologie qui ne filme plus le réel mais le recréé ?
L’émergence de contenus diffusés sous l’appellation « journalisme immersif » modifie-t-elle l’ethos journalistique ou s’inscrit-elle au contraire dans une certaine tradition journalistique ?

L’analyse des discours portant sur le sujet fait émerger plusieurs dimensions constitutives, dans l’imaginaire du moins, du journalisme immersif. La capacité immersive et la propension à faire naître un sentiment empathique chez les récepteurs reviennent sans cesse dans les commentaires émis par les journalistes, spécialistes des nouvelles technologies et professionnels du secteur médiatique.

Suivant une approche diachronique et comparatiste, ce travail universitaire identifie l’immersion et l’empathie comme des marqueurs émotionnels utilisés par le champ journalistique, et plus généralement par les arts ou encore l’ethnologie, pour retranscrire le réel avec le plus de véracité possible.

Le réel est donc toujours déjà une recréation, et ne s’oppose pas à la virtualité mais à l’actualité. La caractère oxymorique de l’expression « réalité virtuelle » introduit ainsi d’emblée un biais dans la réflexion, le débat portant sur la question de l’authenticité ou de l’inauthenticité du message, sur la crédulité ou l’incrédulité du spectateur, et non sur la capacité du journalisme immersif, par les émotions suscitées, à rendre le monde intelligible voire à le changer.

La disparition du medium, la participation du spectateur, la transparence, l’immédiateté, la dématérialisation, forment un faisceau de caractéristiques supposées qui renvoient à une utopie de la nouveauté, elle-même inscrite dans une utopie de la communication qui engendre une confusion entre la technologie et le message émis.

L’étude de cas pratiques et l’analyse des discours d’escorte afférents mettent en lumière la prophétie auto-réalisatrice qui voudrait qu’un contenu de journalisme immersif entraîne intrinsèquement, sous prétexte que la technologie est nouvelle, une empathie, une compréhension, une connaissance du sujet plus large ou inédite.

La confrontation de deux types de discours : une étude prospective du cabinet Deloitte et une conférence donnée au CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement des journalistes), mettent par ailleurs en avant la diversité des points de vue sur le futur de la réalité virtuelle en fonction des entités émettrices : technologie qui peine à « décoller » d’un côté, nécessité d’investir de l’autre, sous peine de se faire damner le pion par les concurrents.

Au final les productions étudiées apparaissent comme représentatives d’un journalisme citoyen qui se donnerait comme visée l’empathie pour la souffrance à distance. Mais que se passe-t-il une fois le casque de réalité virtuelle retiré ? Cette volonté d’impliquer virtuellement le spectateur n’est-elle pas, au fond, une forme de délégation de la capacité d’agir du journaliste ?

Buzzwords :

#journalisme #réalité virtuelle #participation #spectateur #transparence #immédiateté #dématérialisation #émotions

En savoir plus sur Emilie Ropert :

Emilie Ropert est actuellement en charge au sein du CFRT (Comité Français de Radio-Télévision) de la promotion des programmes auprès des médias, des festivals, et sur le site internet de cette maison de production.

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